Ride The Flavour (fr)

Salam aleykoum, vous êtes les bienvenus au Maroc !

Août. 19th | 7 commentaires

Nous sommes arrivés au Maroc le 1er août 2013. Nous passons la frontière à Ceuta puis commençons à rouler vers Tétouan. Les alentours de la route sont déserts. Les maisons sont silencieuses. Les boutiques ont abaissé leur rideau de fer. Le parc d’attraction n’a pas de fantôme que son train… Des jardiniers arrosent la pelouse qui longe la route : ce sont les seules âmes qui vivent. Mais de quel mal souffre donc ce pays ?

Surprise ! Au Maroc, ce 1er août 2013 est aussi le 23ème jour du mois de Ramadan. Le pays ne souffre pas : le pays vit au rythme de l’Islam. 98% des Marocains sont en effet musulmans et pendant le mois de Ramadan, ils jeûnent de l’aube au coucher du soleil. Ils festoient donc la nuit (entre l’heure du Maghrib, la prière qui lève le jeûne, et celle du Fajr, la prière qui annonce le début du jeûne), se lèvent tard et vivent au ralenti la journée pour tenir jusqu’à la nuit tombée.

Le Maroc n’a pas tardé à se faire entendre. Son message est clair : « Messieurs les cyclistes, vous n’êtes plus en Europe, vous allez en prendre plein les yeux ! »


Un paysan sur son âne

Nos premiers tâtonnements au Maroc

Il est 14h quand nous arrivons à M’diq, à 30 km au Sud de Ceuta. Première chose à faire : retirer de l’argent. Ici, c’est le dirham (MAD : maroccan dirham). Grosso modo, 1 euro = 10 dirhams. C’est parfait, on devrait s’en sortir pour les conversions. Les deux premiers distributeurs ne veulent rien savoir et ce n’est qu’à la troisième tentative que nous obtenons gain de cause. Au marché, nous achetons un Melloui (une galette feuilletée, à base de blé) pour 2,5 dirhams et un Baghrir (la crêpe « mille trous », à base de blé aussi) pour 1 dirham… A priori, nous n’aurons pas de mal à tenir notre budget de 10 euros par jour et par personne !

Pendant le Ramadan, dans les villages et petites villes, tous les restaurants et cafés sont fermés jusqu’au coucher du soleil. Par contre, les épiceries restent ouvertes. Nous achetons de quoi compléter le melloui et le baghrir et allons nous cacher sur la plage pour avaler discrètement notre déjeuner. Nous ne passons pourtant pas inaperçus… Pendant que nous faisons la sieste, des gamins chapardent les restes de notre pique-nique. « Le Ramadan n’est sûrement pas facile à supporter pour ces jeunes enfants », c’est ce que nous pensons sur le coup et nous oublions cette histoire d’autant plus vite que leur grand-frère s’excuse pour eux et nous offre d’utiliser les parasols payants dont il s’occupe. Nous apprenons par la suite que les enfants ne jeûnent pas… mais qu’importe, mille autre raisons compréhensibles peuvent expliquer ce petit brigandage. (dont la pauvreté : M’diq ne semble pas crouler sous l’or…)

Nous reprenons la route et arrivons à Tétouan. Tout le centre-ville est embouteillé. Nous nous sentons très vite oppressés par cette circulation acharnée et quittons l’air pollué de la ville pour l’air pur de la campagne… « Pur ? » Pas si pur que ça finalement… Nous n’avons pas fait 2 km hors de Tétouan qu’une odeur pestilentielle agressent nos narines…

Autour de nous, des champs de sacs plastiques. Littéralement. Nous bravons la puanteur le temps d’une photo. Les Marocains ne se préoccupent pas encore de l’écologie : se débarrasser de ses déchets dans la nature est ordinaire.


Une nature très polluée

40 km plus loin, nous arrivons à Beni Hassan, un village-rue, et nous arrêtons au premier café. Nous sommes au Nord du Maroc et ici, la deuxième langue n’est pas le Français mais bien l’Espagnol. Les fiers colons que nous étions ont été vite désillusionnés… Au café, un seul homme parle quelques mots de Français. Nous lui expliquons que nous voulons recharger nos batteries et trouver un endroit où dormir. D’autres se mêlent à la conversation, et 10 minutes plus tard, nous sommes assis au café à discuter avec Lahcen. Il baragouine un peu dans toutes les langues et nous arrivons tant bien que mal à échanger.

Vers 20h, alors que les dernière lueurs du soleil disparaissent derrière les montagnes, le repas traditionnel du Ramadan est servi : une soupe (« harira »), des œufs, du pain, des dattes et du lait. La fatigue nous cueille peu de temps après. La confiance règne : nous rentrons les vélos dans le café et nous allongeons dans un coin la terrasse du café. Malgré le bouillonnement nocturne qui agite le café jusqu’à tard dans la nuit, nous dormons d’un sommeil de plomb… On ne s’adapte pas au rythme du Ramadan d’un claquement de doigt !

Chefchaouen, le bleu de sa médina et l’omniprésence du cannabis

La ville émerge au pied des montagnes, détonnant dans le décor rural qui l’entoure. Nous ne nous en rendons pas compte sur le moment mais a posteriori, après avoir déambuler dans plusieurs autres médinas, celle de Chefchaouen vaut le coup d’œil. Le bleu qui inonde ses murs la rend absolument unique.


La médina de Chefchaouen

Au passage, une source d’eau jouxte cette médina… Une vraie bénédiction pour nous ! Nous avons quitté la mer : nous avons maintenant moins l’occasion de nous laver et laver nos vêtements.


Lessive à l'eau de source

Avons-nous fait le tour de Chefchaouen ? Oh que non, on ne peut pas omettre de vous parler du cannabis ! Le cannabis est omniprésent. A Chefchaouen, on nous en propose constamment. Sur les routes alentours, on croise régulièrement des jeunes dealers, seuls au milieu de nul part, se dépêchant de nous mimer le cannabis (en roulant un joint ou en fumant dans le vide) avant que nous ne les dépassions. En fin de journée, des bagarres éclatent, envenimées par le manque imposé par le jeûne. Le soir, les effluves de cannabis annoncent la fin du jeûne aussi sûrement que l’appel du muezzin.

Et les champs ! Autour de Chefchaouen, les champs de cannabis, parfois juste au bord de la route, ne se comptent plus. Pas étonnant que 50% de la production mondiale de cannabis provienne de la région…


Champs de cannabis


Champs de cannabis

Fès et l’effervescence de sa médina

La route jaillit du relief montagneux du Nord de Fès pour nous offrir un magnifique panorama de la région. La troisième ville la plus peuplée du Maroc semble bien petite dans l’immensité des champs d’oliviers mais surtout de blé qui se perdent à l’horizon. Le paysage est d’or.


Les paysages désertique de la région de Fes

L’identité et le charme de Fès sont concentrés dans sa médina, une médina qui n’est pas belle en soi mais qui est impressionnante de vie ! Cette vie est d’ailleurs marocaine bien plus que touristique… Hommes, charrettes, ânes, et scooters (malgré l’interdiction) se suivent et se croisent sans jamais se heurter. Un miracle dans ces ruelles d’à peine 2 mètres de largeur ! L’identité et le charme.


Rue de la médina de Fes


Rue de la médina de Fes

La médina est restée inchangée (dans les grandes lignes) depuis le 12ème siècle. Nul doute que ses murs ont assisté à bon nombre de bouleversements… Le dernier en date ? L’essor des technologies modernes, qui a donné naissance à des contrastes très intéressants !


Les paraboles de la médina


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Meknes et ses alentours

Nous quittons Fès pour prendre direction Ifrane. La route grimpe légèrement, mais constamment. Inévitable puisqu’à 20 km au Sud d’Ifrane se trouve l’une des deux stations de ski du Maroc : Michlifen. Véridique : vous pouvez skier au Maroc, même à 1650m d’altitude ! Par contre, ne vous attendez pas à être dépaysé. « Ifrane, c’est la Suisse du Maroc », nous disait un de nos hôtes… Et effectivement, on ne se croit plus au Maroc : des illuminations au lampadaires, des jardins publiques d’une netteté chirurgicale, de larges routes desservant le centre-ville dans une organisation irréprochable, sans oublier les cafés aux murs blancs, les restaurants aux nappes blanches et les hôtels maintes fois étoilés. La ville semble riche, et on nous le confirmera plus tard : Ifrane accueille toute la bourgeoisie marocaine.

Nous redescendons ensuite vers Meknès, traversons la ville sans nous arrêter pour aller directement à Moulay Idriss. Eh oui, nous avons rendez-vous avec la mère et les 3 filles de la famille BADOU… Les BADOU qui furent les premiers hôtes de notre tour du monde, près de Carcassonne ! Une petite pensée pour le père Jean-Pierre ( 😉 ), resté en France pour le boulot.


Retrouvailles avec la famille Badou

A 3km de Moulay Idriss se trouvent les ruines romaines de Volubilis, un incontournable de la région. De par ses ressources agricoles, et notamment son huile d’olive, le Maroc était en effet une région importante au sein de l’empire romain.


Volubilis, ancienne cité romaine

Les entourloupes des grandes villes…

Quelque chose sur laquelle nous ne voulions au début pas généraliser, s’est pourtant imposée à nous à force de répétition : dans les grandes villes marocaines, nous, touristes, ne pouvons pas faire confiance aux Marocains qui proposent spontanément leur aide, aussi ordinaire que soit la demande.

« Vous cherchez quelques chose ?
– Je cherche une pâtisserie.
– Ah oui, j’en connais une pas loin. Je peux vous y amener, suivez-moi »

On n’a pas envie de demander tout de suite : « Vous n’attendez pas d’argent en retour, hein ? » Alors, on ne dit rien, mais arrivés au bout du chemin, ce sont ces mêmes mots qui ressortent invariablement, déjouant toute barrière linguistique : « argent, money, flouze, dirham… »

Et le formidable accueil des campagnes !

Mais ces quelques entourloupes ne sont rien comparées à notre engouement pour la culture marocaine. Chaque journée apporte son lot d’étonnement. Nous avons vécu la dernière semaine du mois de Ramadan, puis la fête de l’Aïd et maintenant le retour à un rythme normal. La culture marocaine, étroitement liée à la religion musulmane, est pour nous une source quotidienne de dépaysement !

Mais ce qui nous touche le plus, c’est l’accueil marocain. Nous n’avons dormi dehors que 2 fois au cours de ces deux premières semaines. A la fin de la journée, lorsque nous expliquons notre voyage et notre situation, toujours les Marocains se coupent en quatre pour nous trouver un lieu d’accueil. Que ce soit chez eux, chez leur cousin, dans le bar d’un de leurs amis, dans le local de l’association du village, etc. Chez eux, ils nous invitent à la table familiale, puis nous proposent de dormir dans leur salon (le salon marocain, entouré de canapés, sert souvent de chambre d’ami). Ils nous offrent des gâteaux quand nous repartons tôt le lendemain, nous apportent le petit-déjeuner quand nous nous réveillons plus tard…

Tous nos hôtes sans exception se sont montrés d’une incroyable générosité.  Chacun d’entre eux nous a fait découvrir un bout du Maroc et ont contribué à enrichir notre voyage. Ici, nous n’appréhendons pas le moment de chercher un foyer pour nous et nos batteries… Nous l’attendons même avec impatience !


Merci à Abdellatif

L’aventure marocaine continue maintenant vers Rabat puis Tanger ! A suivre…

7 comments Ajouter un comentaire

  1. Quel plaisir de vous lire
    Miami les pâtisseries marocaines j’adore ça !
    Et,…….c’est bon pour le vélo !
    Bises++++++++


  2. C’est un grand plaisir de voir que tout se passe bien pour vous deux.Ca ne m’étonne pas que le Maroc vous plaise .Votre description du cannabis me rappelle le Yemen et ses champs de qat!!
    Ah que ne suis-je plus jeune pour faire un brin de chemin avec vous.!
    A bientôt la suite de vos aventures…
    JP


  3. Superbe article! Une petite précision cependant, les enfants ne jeûnent pas pendant le Ramadan (tout comme, les personnes âgés, malades ou en voyage). Cela dit, je trouve votre mésaventure très marrante 🙂 Je suis heureux de lire votre ressenti sur l’hospitalité marocaine. J’espère que vous avez aimé Chefchaouen – qui est pour moi la plus charmante des villes marocaines. Bonne route, quelle belle aventure, keep it up ! 🙂


    • Ah oui c’est vrai, on nous l’avait dit ! Ce n’est qu’après la puberté que l’on commence vraiment à jeûner, n’est-ce pas ? Merci pour ton commentaire, la vérité est maintenant rétablie ! 🙂


  4. Merci de nous avoir conseillé Chefchaouen, ce fut notre dernière étape avant Ceuta, on y a dormis et pris le petit dej’ dans la médina di coup très vide à 9h du matin, c’était très beau. En espérant que la suite se passe bien pour vous. Bon tour du monde!

    Marilou Badou


  5. PS : Vos photos sont très belles.


  6. C’est un vrai plaisir de vous lire. On a le sentiment de vivre cette aventure avec vous et on a immédiatement envie de découvrir le Maroc !!
    A bientôt pour une prochaine lecture. Laurie


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